Pourquoi la connexion Internet de mauvaise qualité est plus chère?

Il y a quelques mois, nous discutions sur ce site des raisons des coupures d’internet. Avouons-le, les coupures d’Internet sont une plaie pour les nouvelles démocraties. Dans un prochain article, nous reviendrons largement dessus. Pour l’heure, abordons une question non moins importante. Pourquoi l’internet semble beaucoup plus cher dans certains pays alors que c’est justement dans ces pays qu’il est de mauvaise qualité?

Parlons de cette lenteur…

La question de la lenteur est vécue de façon subjective. Elle est normalement appréciée de façon objective par rapport à un standard ou à un optimum. Le consommateur des données mobiles le vivra différemment par rapport à celui qui « a Wi-Fi chez lui ». En réalité, tout dépend du débit souscrit, sachant que les consommateurs de données mobiles n’ont en général pas de choix quant au débit.

Mais concrètement, il y a des disparités entre les pays en termes de connectivité. On parle de fracture numérique (inégalités dans l’accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC), leur utilisation et leur impact) ou fossé numérique (Écart existant entre les pays développés et les pays en voie de développement, en matière d’accès aux technologies de l’information et de la communication). Si l’on sait que la vitesse de la connexion est un facteur important pour combler le fossé numérique, la question se pose : pourquoi justement la connexion des pays en voie de développement serait moins meilleure que celle des pays plus développés? Charger une vidéo YouTube peut être une action anodine de quelques secondes dans certains pays, cela peut occasionner des attentes de nombreuses heures à d’autres endroits.

Un facteur explicatif est la fragilité de la connectivité (question de la vulnérabilité des câbles marins), la faible résilience (notamment par rapport à la dégradation des câbles marins) et parfois, le fait que les Etats privilégient les zones à fort potentiel économique pour distribuer la connexion

Pourquoi est-ce cher?

Il y a plusieurs facteurs expliquant la cherté de la connexion, notamment en Afrique. L’Afrique est reliée au reste du réseau Internet par des câbles sous-marins, les liens terrestres entre pays étant peu développés. Pendant longtemps, il s’agit du seul moyen de relier l’Afrique au reste d’Internet. En clair:

  • La plupart des serveurs sont installés hors du continent, principalement aux États-Unis. Pour y accéder, les opérateurs doivent utiliser des câbles sous-marins et passer par l’Europe, ce qui occasionne des coûts importants;
  • Les différents acteurs de l’Internet ne mutualisent pas les efforts pour faciliter la mise en place de réseaux résilients et de bonne qualité;
  • Les pays enclavés restent tributaires des pays côtiers.

Tous ces facteurs (non exhaustifs) contribuent à la cherté de la connexion dans certains pays notamment, les pays africains. Enfin, l‘accès à l’énergie peut contribuer à la cherté de la connectivité. En dehors de cela, le coût général de la vie et le salaire minimum permettent de déterminer si la connexion coûte aux citoyens la peau des fesses. Un autre facteur est que les acteurs traditionnels de télécommunications restent les acteurs majeurs de l’Internet, ce qui contribue à une faible démocratisation des coûts, en raison du monopole important de l’Etat.

Le ratio coût/qualité/fiabilité

Si la connexion est parfois chère, elle n’est pas toujours de bonne qualité. Ce qui préoccupe le citoyen lambda africain par exemple, ce n’est pas ce qu’on lui dit de la connexion (« nous offrons 256 kbit/s! »), mais plutôt la vitesse à laquelle les pages internet se chargent et la qualité des appels VoIP par exemple. La responsabilité des pouvoirs publics est de faire en sorte que les citoyens disposent d’une bonne qualité de connexion. Internet est non seulement un indicateur du développement, mais aussi un facteur du développement. Par ailleurs, la question de la fiabilité/sécurité se pose de plus en plus avec une grande acuité.

Les gouvernants doivent laisser la porte ouverte à une gestion inclusive de l’Internet. La gouvernance multi partie-prenante de l’Internet est la clé, pour permettre aux autres parties prenantes de proposer des solutions pour un Internet de bonne qualité mais accessible. 

Publié par Seyram Adiakpo

Je suis Seyram Adiakpo, juriste de droit public très intéressé par la problématique de l'internet et de la souveraineté numérique. Je discute sur mon blog des enjeux juridiques liés à internet et à son usage.

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