L’internet réinvente-t-il la démocratie en Afrique?

Le saviez-vous? Avec le développement du numérique, l’architecture des systèmes politiques dans le monde tend peu à peu à être remis en cause. Et on s’en rend compte à peine. Tout change à une vitesse assez rapide avant qu’on ait le temps de dire « ouff ». Rapidement, on peut dire que nous avons un monde désormais plus libre et plus ouvert. Mais attention au revers de la médaille. Internet offre un monde libre mais en même temps, avec lui, notre liberté risque gros. Quel paradoxe!

Vive le monde libre!

Nous le savons tous, Internet a démocratisé la parole. Si ce blog existe, c’est parce que l’Internet lui en a donné l’opportunité. Tout le monde peut désormais s’exprimer, militer, s’indigner, convaincre, voire organiser un soulèvement. Internet a permis de bousculer les bases de régimes autocratiques malgré les censures. Le monde libre que promet l’Internet est une réalité.

Par ailleurs, grâce aux réseaux sociaux, une vigilance accrue se met en place. Les réseaux sociaux sont facteur de transparence des élections. La surveillance citoyenne des vote réduit considérablement les possibilités de fraude électorale.

Internet, l’allié de régimes autocratiques ?

Grâce à Internet, on peut désormais manipuler l’opinion et de la manière la plus originale. En 2020, un peu après les élections présidentielles au Togo, une grosse affaire a fait mouche sur Internet. Une société tunisienne a été accusée d’avoir influencé les élections africaines via Internet…notamment au Togo, en Tunisie, au Tchad, aux Comores, au Congo-Brazzaville, en Côte d’Ivoire, en Gambie, en Guinée, au Mali, au Niger ainsi qu’au Sénégal. Dans l’oeil du Cyclone, la société UReputation. Cette entreprise de « cyberinfluence et d’intelligence digitale » a monté une vaste opération de désinformation et d’influence politique par Internet, dans les pays cités. La campagne d’influence et d’infox, en cours depuis 2016, était nommée « Opération Carthage ».

Grâce à une enquête, Facebook a supprimé 446 pages, 182 comptes, 96 groupes et 60 événements, ainsi que 209 comptes Instagram, tous administrés en Tunisie et focalisés sur les pays francophones de l’Afrique subsaharienne. « Ces faux comptes se faisaient passer pour des personnes résidant dans les pays ciblés, ils postaient et « likaient » leur propre contenu, redirigeaient les internautes sur des sites tiers et géraient des groupes et des pages qui se présentaient comme des médias en ligne indépendants. Certaines pages ont adopté une tactique trompeuse afin de bâtir leur audience, en passant de la diffusion d’informations apolitiques (le tourisme, la diaspora, etc.) à des thèmes politiques ». Selon l’enquête, les pages et les pseudo-médias  «publiaient des contenus mais aussi des sondages trompeurs qui soutenaient le président comorien Azali Assoumani ainsi que l’ex-président ivoirien Henri Konan Bédié, en campagne pour les élections d’octobre 2020, le magnat tunisien des médias Nabil Karoui, candidat battu à la présidentielle fin 2019, ou encore le président togolais Faure Gnassingbé, réélu en février. »

Au total, selon Facebook, ce réseau géré depuis la Tunisie aurait cumulé 3,8 millions d’abonnements sur l’ensemble de ces pages et dépensé près de 331 000 dollars en publicités. De la même manière, en 2019, la société israélienne Archimedes était bannie de Facebook pour des agissements similaires… toujours en Tunisie et en Afrique francophone.

Internet doit-il servir contre la démocratie?

Le numérique est une immense opportunité de faire pérenniser la démocratie. Paradoxalement, il peut servir à asseoir l’autorité des régimes non-démocratiques, leur permettre de se redorer le blason et de soigner leur image internationale. Internet est au service de tout le monde et les motivations ne sont pas les mêmes. Face à cela, que faire? Nous citoyens, devons davantage garder notre esprit critique et lutter pour un Internet libre, ouvert et sans danger. Le citoyen, même âprement militant, doit garder son esprit critique et se soustraire de la manipulation. Seulement, gare à la censure. Internet peut être utilisé pour localiser et faire taire les voix dissidentes. Aujourd’hui, beaucoup de blogueurs sont poursuivis et jetés en prison pour avoir exprimé leurs opinions.

Au final, la face de la démocratie change peu à peu, surtout avec l’arrivée des chefs d’Etats sur les réseaux sociaux. Tout est utile pour se faire une bonne image. Seulement, restons vigilants et disons non aux sombres manipulations pour le pouvoir. Une autre question, bien épineuse, celle des coupures d’Internet en plein jour de scrutin sur le continent, mais (soupir) ça c’est une autre paire de manches.

Pour en savoir plus…

Publié par Seyram Adiakpo

Je suis Seyram Adiakpo, juriste de droit public très intéressé par la problématique de l'internet et de la souveraineté numérique. Je discute sur mon blog des enjeux juridiques liés à internet et à son usage.

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